Galerie "Massacre au Paradis"

Massacre au Paradis est une série de créations sur un même thème, celui de la religion chrétienne.
"La Création fut le premier acte de sabotage." Emil Michel Cioran
Il s'agit là de mes boulots les plus récents, toutes techniques confondues. La galerie est encore en cours... elle sera en constante évolution jusqu'au jour où je me lasserais de filer de grands coups de latte à ces mangeurs de misère ! Ce qui n'est bien sûr pas près d'arriver...

NON, DIEU N'EST PAS ! (extraits) Par le curé Meslier (1664-1729)
J'ai connu et reconnu les erreurs, les vanités, les folies et les méchancetés des hommes. Je les ai haïes et détestées. Je ne l'ai osé dire pendant ma vie, mais je le dirai au moins en mourant et après ma mort, et c'est afin qu'on le sache que je fais et écris le présent mémoire, afin qu'il puisse servir de témoignage de vérité à tous ceux qui le verront et le liront, si bon leur semble.
La religion soutient le gouvernement politique, si méchant qu'il puisse être, et à son tour le gouvernement soutient la religion, si sotte et si vaine qu'elle puisse être. D'un côté, les prêtres recommandent, sous peine de malédiction et de damnation éternelle, d'obéir aux magistrats, aux princes et aux souverains, comme étant établis de Dieu pour gouverner les autres, et les princes de leur côté font respecter les prêtres, leur font donner de bons appointements et de bons revenus et les maintiennent dans les fonctions vaines et abusives de leur faux ministère, contraignant le peuple de faire, sous ce beau et spécieux prétexte de religion et de culte divin. Et ne croyez pas que je vise ici seulement les religions dites fausses, en exceptant au moins de ce nombre la religion catholique. Point. Elle n'est pas moins vaine, moins superstitieuse qu'une autre, elle n'est pas moins fausse dans ses principes, ni moins ridicule et moins absurde dans ses dogmes et maximes.
Il serait juste que tous les grands de la terre et que tous les nobles fussent pendus et étranglés avec les boyaux des prêtes. Cette expression ne doit pas manquer de paraître assez rude et grossière, mais il faut avouer qu'elle est franche et naïve. Elle est courte, mais elle exprime assez, en peu de mots, tout ce que ces sortes de gens-là méritent.
La première erreur morale du christianisme, c'est qu'elle fait consister la perfection de la vertu dans l'amour et la recherche des douleurs et des souffrances, suivant les maximes de Jésus-Christ, qui disait que les bienheureux sont les pauvres, que bienheureux sont ceux qui ont faim et qui ont soif, que bienheureux sont ceux qui souffrent persécution pour la justice. Cette maxime morale de nos christicoles est absolument fausse, parce que c'est toujours une erreur et même une folie d'aimer et de rechercher des douleurs et des souffrances, sous prétexte de conquérir des biens et des récompenses éternelles qui ne sont qu'imaginaires.
Pareillement, c'est une erreur de la morale chrétienne de condamner, comme elle le fait, tous les plaisirs naturels de la chair, et non seulement les actions et les œuvres naturelles de la chair, mais aussi tous les désirs et toutes les pensées volontaires d'en jouir.
C'est une erreur dans cette morale de regarder toutes ces choses comme des actions ou des pensées criminelles dignes de punitions éternelles. Car, comme il n'y a rien de plus naturel et de plus légitime que cette inclination qui porte tous les hommes à ce penchant, c'est en quelque sorte condamner la nature même que de considérer comme vicieuse et comme criminelle, dans les hommes et dans les femmes, une inclination qui leur est si naturelle et qui leur vient du fond le plus intime de leur nature, pensées, désirs, qui sont si légitimes et si nécessaires à la conservation et à la multiplication du genre humain.
Une autre erreur de cette morale, c'est qu'il faille aimer ses ennemis, qu'il ne faille pas se venger des injures et qu'il ne faille pas même résister aux méchants... Ainsi, il faut bénir ceux qui nous maudissent, faire du bien à ceux qui nous font du mal, nous laisser dépouiller, et souffrir toujours paisiblement les injures et les mauvais traitements. Ceux sont là des maximes contraires aux droit naturel, à la raison et à la justice, qui nous conseillent de repousser le mal et de nous défendre quand nous sommes injustement attaqués... Elles tendent à favoriser les méchants et leur oppression des bons et des faibles, elles les autorisent dans leur malice et leur méchanceté. N'est-ce pas vouloir que les bons s'abandonnent eux-mêmes en proies aux méchants et à leurs ennemis, et les laissent librement faire tout ce qu'ils veulent ?
N'est-ce pas misère que cette quantité prodigieuse d'écclésiastiques et de prêtres inutiles, d'abbés, de prieurs et de chanoines, de moines et de moinesses, qui ne sont d'aucune nécessité ? Quels services rendent-ils au public ? Aucun. Et cependant, ce sont les mieux rentés et les mieux pourvus de tous les biens et de toutes les commodités de la vie : ils sont les mieux logés, les mieux chaussés, les mieux nourris, les moins exposés aux injures du temps et des saisons. S'ils tombent quelquefois dans des maladies ou des infirmités, ils sont si promptement et si soigneusement secourus que le mal n'a presque pas le temps de les offenser. Ils font des vœux de pauvreté et de renoncement, ils font profession de vivre dans la mortification du corps et de l'esprit... C'est pourquoi leurs couvents sont comme des maisons de seigneurs, comme des palais de princes, leurs jardins sont comme des paradis terrestres, leurs cuisines sont toujours abondamment fournies. Ils ont le bonheur de récolter abondamment là ou ils n'ont rien semés.
Comme si on avait à faire de tous ces gens-là , tous ces diseurs de messes et de bréviaires, d'oraisons et de chapelets ! À quoi sert qu'ils se déguisent sous tant de divers et ridicules formes d'habits, qu'ils s'enferment dans des cloîtres, qu'ils marchent pieds nus, qu'ils se donnent la discipline, qu'ils aillent à certaines heures du jour ou de la nuit, chanter psaumes et cantiques ? Les oiseaux sauvages chantent et ramagent assez dans les champs et dans les bois. Les peuples n'ont que faire de nourrir tant de gens à ne faire que chanter dans les temples. Mais, dira-t-on, ils offrent tous les jours le saint sacrifice de la messe et attirent sur le peuple les grâces et les bénédictions du ciel. Quand bien même tous les moines et tous les prêtres célèbreraient chacun vingt, trente et même cinquante messes par jour, elles ne vaudraient pas à elles toutes un seul clou à soufflet, comme on dit. Un clou est utile et nécessaire, on ne saurait s'en passer en nombre de choses, mais toutes les prières, toutes les oraisons et toutes les messes ne sont utiles qu'à faire venir de l'argent à ceux qui les disent. Un seul coup de hoyau qu'un pauvre manouvrier donnant terre pour la cultiver est utile et sert à faire venir du grain pour nourrir l'homme. Un bon laboureur en fait plus venir avec sa charrue qu'il ne lui en faut pour vivre. Mais tous les prêtres ensemble ne sauraient, avec toutes leurs prières et tous leurs prétendus saints sacrifices de messes, contribuer à la production d'un seul grain.
La profession des prêtres et des moines n'est qu'une profession d'erreurs, de superstitions et d'impostures et, par conséquent, bien loin qu'elle doive être censée utile et nécessaire dans une bonne et sage république, elle devrait, au contraire, y être regardée comme nuisible et pernicieuse, et ainsi au lieu de gratifier si bien les gens d'une telle profession, il faudrait absolument les interdire de toutes les superstitieuses et abusives fonctions de leur ministère et les obliger à s'occuper de quelque honnête et utile exercice, comme font les autres.
Si les hommes possédaient et jouissaient également en commun des richesses, des biens et des commodités de la vie, si ils s'occupaient unanimement tous à quelque honnête et utile travail, ils vivraient tous heureux et contents, car la terre produit assez abondamment pour les nourrir et les entretenir. Personne ne serait en peine, ni pour soi, ni pour ses enfants, de savoir où ils logeraient, personne n'aurait à user de fraudes pour surprendre son prochain, personne n'aurait à se tuer soi-même par des excès de fatigue et de travail.










